Le titre d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI) a clôturé le 2 juillet 2026 à 46 F CFA à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis plus d’une décennie.
En l’espace de moins de trois mois, depuis un plancher de 25 F CFA atteint à la mi-avril, l’action a bondi de 84 %, entraînant dans son sillage le BRVM 30, l’indice phare de la Bourse régionale qui a augmenté de 16 % dans le même laps de temps.
Afflux de nouveaux investisseurs dans l’Uemoa
La banque présente dans 33 pays du continent bénéficie d’une conjoncture très positive.
Depuis plusieurs mois, les citoyens de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) se muent en boursicoteurs.
Les publicités sur les réseaux sociaux et les groupes sur les applications de messagerie se démultiplient. « C’est simple : au 30 juin, nous avons dépassé notre objectif de l’année en termes de nouveaux clients », illustre Yao Maki, directeur de l’ingénierie financière et de l’Equity Research à BSIC Capital.
« Dans ce contexte d’effervescence où de nombreux néophytes arrivent, le titre Ecobank a le mérite de rassurer. La marque est connue, le secteur bancaire est perçu comme solide, peu soumis à la spéculation et le prix est très bas », poursuit le financier. Même à 46 F CFA, ETI reste l’un des titres les moins chers de la place, quand Oragroup, pourtant en difficulté, s’échange à 2 780 F CFA. Les petits souscripteurs imaginent qu’ETI peut franchir la barre des 500 F CFA à terme et ainsi multiplier leurs gains par plus de 10.
Un contexte macroéconomique favorable
La baisse en mars des taux directeurs de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) — le principal taux directeur est passé de 3,25 % à 3,00 % — a également favorisé cette réorientation d’une partie de l’épargne vers le marché financier.
Les investisseurs, petits ou grands, anciens ou nouveaux, misent sur Ecobank pour une raison toute opportuniste. Pour la première fois depuis trois ans, le groupe dirigé par Jeremy Awori a versé des dividendes, le 30 juin : 40 millions de dollars au titre de l’exercice 2025, ce qui équivaut à 0,0016 dollar par action. Peu au regard de l’attente des actionnaires historiques, mais les nouveaux ont vu l’opportunité de faire un gain rapide.
Sur la seule semaine du 22 au 26 juin 2026, le titre ETI s’était déjà apprécié de 8,82 % pour clôturer à 37 F CFA, figurant parmi les cinq plus fortes hausses hebdomadaires du marché. Puis la mécanique s’est emballée : sur les quatre dernières séances de juin-début juillet, la hausse atteint encore 24,32 % supplémentaires.
Le repli n’a pas encore eu lieu. Le 3 juillet 2026, ETI affichait 46 F CFA en ouverture, soit + 6,98% sur la séance. Une embellie qui se retrouve également sur les deux autres Bourses où le groupe est coté : Lagos et Accra.
Au Nigeria, Ecobank a atteint son plus haut historique absolu le 10 juin, à 97,4 nairas le titre, pour une capitalisation ayant franchi la barre symbolique du trillion de nairas après 20 ans de cotation.
Au Ghana, la progression est tout aussi spectaculaire. L’action, qui se retrouve régulièrement dans le top 5 des titres les plus échangés, a progressé de près de 190 % depuis le début de l’année.
Des résultats financiers sans précédent
Malgré l’absence de Nkontchou à l’assemblée générale du 4 juin à Lomé, le groupe a veillé à mettre soigneusement en scène un message de confiance et de durabilité des performances, notamment en annonçant ce retour aux dividendes d’un montant supérieur de 43 % à la dernière distribution de 2022.
Ces dernières années, Nedbank masquait difficilement son peu d’enthousiasme à remettre au pot continuellement pour un retour sur investissement que le groupe sud-africain considérait comme trop faible.
Pour la première fois depuis plus d’une décennie, Ecobank coche simultanément toutes les cases : records financiers, retour du dividende et actionnariat consolidé.
Les marchés financiers d’Afrique de l’Ouest l’ont bien compris. Mais ils ont aussi de la mémoire : en 2015, le titre avait atteint des sommets à la BRVM, à 65 F CFA, Ecobank était perçu comme l’exemple de l’expansion bancaire africaine et les investisseurs institutionnels affluaient.
Mais dès mars 2016, ETI émettait un avertissement sur profits, annonçant que ses prévisions de croissance « ne seraient pas atteintes ».
Le bénéfice net chutait de 73 % à cause de la dépréciation du naira et de l’explosion des créances douteuses.
Jusqu’ici, tout va bien pour Ecobank.
